« C’est quoi être parent pour vous ? » Ou le soutien à la fonction parentale au sein du PAEJ de Lorient
Il était une fois le PAEJ…
Le PAEJ de Lorient naît en novembre 2006.
En mars 2007, nous débutons au PAEJ, où l’accueil dédié aux jeunes, va se réaliser également auprès des parents se saisissant rapidement de cet espace. L’accueil est principalement sous forme d’entretiens individuels mais il leur sera proposé, au fil des années, des groupes d’échange autour de thématiques liés aux questions de parents d’adolescents et/ou de jeunes adultes. Des groupes sur le thème de la parentalité auprès des apprentis du CFA de Lorient, par le biais de différents films, vont également se mettre en place et vont constituer une nouvelle aventure pour nous au niveau de l’accueil inconditionnel de toutes demandes émanant des jeunes.
L’objet de la demande, qu’elle soit lors de rencontres en individuel ou lors de temps collectifs, sera de mieux comprendre, trouver un sens à un comportement qui fait symptôme chez l’enfant, un adolescent ou jeune adulte, qui interroge forcément et qui questionne quant à la fonction et au rôle de parent.
Majoritairement, l’entourage s’adresse donc au PAEJ de Lorient pour déposer son désarroi en tant que parent. Il recherche également à être soutenu dans sa fonction parentale mise à mal, bousculée.
La parentalité, un processus dynamique et complexe
Parce que la parentalité est un processus dynamique et complexe, intégrant toutes les façons d’être « parent » – d’être « père », d’être « mère » – et l’ensemble des fonctions parentales (éducatives, matérielles, psychologiques, morales, juridiques, sociales et culturelles). La parentalité est marquée par des questionnements, des défis, des incertitudes mais aussi des richesses. La parentalité ne saurait être restreinte à une notion de parenté – biologique ou juridique – mais s’ouvre à tout adulte ayant la responsabilité d’élever un enfant (beau-parent, famille d’accueil, famille adoptante, grand-parent ayant la charge de son petit enfant…).
Ainsi les rencontres, individuelles ou collectives, consistent à accompagner le parent dans sa propre réflexion quant à ce qu’il est comme parent, allant vers une forme de réajustement entre lui et son enfant, entre ce que le parent a été lui-même enfant et ce qu’est son enfant et dans ce qu’il advient.
En quoi le collectif représente un intérêt pour les jeunes parents ?
« Il faut tout un village pour élever un enfant ». Cet adage africain n’a rien perdu de sa pertinence. Et pourtant, aujourd’hui rares sont les parents qui témoignent de ce soutien familial ou communautaire. À l’origine de cette situation, la réalité des évolutions sociales qui, tout au long du XXe siècle, ont transformé les liens intergénérationnels. Le sociologue Gérard Neyrand, professeur émérite à l’université de Toulouse et spécialiste du soutien à la parentalité rappelle que « L’augmentation de la mobilité géographique professionnelle, l’allongement de la durée des études, le développement des transports ont fait qu’on devient le plus souvent parent loin de ses propres parents ». Cet éloignement de la famille élargie a privé les parents d’une aide matérielle, mais aussi de l’important soutien psychologique de la transmission intergénérationnelle. Aussi, certains parents vivent de manière isolée cette fonction parentale. C’est ce dont nous témoignent les jeunes parents rencontrés dans le cadre de l’action collective présentée ci-après. Ce besoin à la fois de pouvoir se confier et se reposer sur « leur mère », alors que la vie les en a éloignés.
Aussi, cet espace d’échanges proposé, se doit d’offrir un cadre sécurisant et adaptable, propice à l’écoute et au soutien, dans le respect des singularités de chacun. Dans une démarche de prévention, le collectif doit favoriser dialogue, réflexion, questionnement, doutes ou attentes. Loin des injonctions ou modèles standards, nous valorisons une parentalité qui se tricote au travers des expériences, des échanges, de la relation parents enfants et qui se réajuste sans cesse.
Un groupe d’échange pour jeunes parents soutenu par le PAEJ et la Mission Locale.
Pour illustrer cet accompagnement de la jeune parentalité, nous vous partageons l’expérience d’une action collective, à l’adresse des jeunes parents, dans un partenariat avec la Mission locale de Lorient. Cette action vient s’inscrire dans un objectif d’ouverture, d’insertion sociale et professionnelle … Sur le modèle déjà expérimentée par nos collègues du PAEJ de Pontivy, nous avons proposé cette action collective, élaborée avec une conseillère de la Mission Locale. C’est la deuxième édition, la première avait eu lieu, à la fin de l’année 2024.
Des ateliers avec de jeunes parents et leurs enfants en bas âge
Une action qui s’est déclinée en 5 ateliers, accueillant de 4 à 6 jeunes parents, âgés de 17 à 25 ans, accompagnés de leurs enfants en bas âge. Le groupe sera différent à chaque fois. L’idée étant de laisser une certaine souplesse aux parents d’y venir ou non tout au long du cycle. Le groupe se retrouvera sur différents lieux, au centre social de Keryado, dans les locaux de SéSAM Bretagne, à la médiathèque de Kervénanec, à la ludothèque de Lanester, et dans la cuisine de la Maison Pour Tous de Kervénanec. Cela a permis une ouverture et une découverte de lieux de socialisation pour la famille (parents et enfants) dans un cadre sécurisant pour eux. Le groupe a été surtout constitué de jeunes mère mais nous avons également rencontré trois pères différents, venus accompagnés leur compagne à l’un des ateliers.
La volonté de ce projet est de permettre l’échange autour des enjeux de la parentalité et d’ouvrir sur des lieux culturels et d’accompagnement social, pouvant être vecteur de nouveaux liens sociaux.
Ainsi, venir expérimenter de nouveaux liens sociaux pourrait répondre à un besoin de sécurité et de reconnaissance et serait un média pour accompagner un cheminement sur la question de l’attachement, de l’appartenance, de la séparation et de l’estime personnelle et sociale.
Les objectifs se déclinent tant sur le plan individuel que collectif afin de permettre une prise de parole sans jugement. Il s’agit de créer un espace de rencontres et d’échanges entre de jeunes parents et des professionnelles de SéSAM et de la Mission locale. Ces ateliers ont été construits pour permettre d’aborder plusieurs thématiques :
– Sensibiliser à la santé et la place du lien social dans celle-ci
– Travailler sur les compétences psychosociales
– Favoriser « l’aller vers » des espaces de socialisation et l’accès à la culture dans une dimension individuelle (pour le parent et pour l’enfant), ainsi que dans une dimension d’activité partagée (parent et enfant)
– Favoriser l’accès à des espaces d’échange sur la parentalité
– Favoriser le repérage de mode de garde pour soutenir l’insertion professionnelle
– Aider les personnes à se mobiliser et faire des choix, en les amenant à s’engager dans une action concrète
Focus sur l’atelier mis en place au sein du centre social de Keryado
Pour vous illustrer davantage cette action à l’adresse des parents, nous avons fait le choix de faire un focus sur le premier atelier.
Afin de donner une continuité à notre action et puisque le groupe demeurait ouvert, chaque début d’atelier a été similaire. Nous proposions une présentation du service, de l’action, des objectifs des ateliers : la possibilité de se poser, d’être avec d’autres parents, de pouvoir s’exprimer en toute liberté, de nommer ce qu’il se passe pour eux en tant que parent, de rompre avec l’isolement et de favoriser la paire – aidance.
Le cadre du groupe est nommé comme la prise de parole sans jugement, la confidentialité des propos, le respect de la parole de chacun, « on s’écoute » …la liberté de partir, ou si quelque chose dérange pouvoir le nommer…
L’utilisation d’un brise-glace comme le DIXIT, avec la consigne, « Dans quel état d’esprit êtes-vous venus à l’atelier aujourd’hui ? » nous a permis à chaque fois de démarrer le groupe.
Les cartes demeurent un prétexte, certes pour se présenter au reste du groupe, mais surtout pour nommer quelque chose d’eux/elles, en lien avec leur ressenti du moment et/ou leur vécu de parent.
Utilisation de plusieurs affirmations autour des émotions lors d’un débat mouvant
Il nous est apparu essentiel de pouvoir rejoindre les jeunes parents dans leur vécu. En effet, de jeunes parents encore en pleine construction identitaire se retrouvent face à la réalité des nouvelles responsabilités parentales.
Au travers d’un débat mouvant favorisant l’échange, l’objectif est d’aborder la question de la santé et la place du lien social dans celle-ci, et de faire émerger la vision et le vécu des participants autour de ce thème. Les compétences psychosociales seront introduites dans cet atelier comme déterminants agissant sur la santé.
Les affirmations desquelles nous sommes partis :
Quand je n’ai pas le moral cela me fait du bien de voir mes amis
Quand j’ai peur je me renferme
La colère je la garde pour moi
Dire non c’est se faire exclure
Quand je stresse je gère seul(e)
Dire non à son enfant c’est ne pas l’aimer
Ces affirmations ont pu amener un échange entre les parents présents et ainsi permettre une réflexion commune sur la façon de réagir, de composer avec les évènements, la charge qui leur incombe depuis qu’elles sont mères également. Evidemment là aussi, cet outil est présent pour permettre les échanges, s’autoriser à dire ses difficultés, inquiétudes et questionnements.
C’est quoi la parentalité pour vous ? Utilisation des cartes autour de la parentalité
Si j’étais parent, je serais…
Peut-on choisir ses parents?
Qu’ai-je envie de transmettre à mon enfant que mes parents m’ont transmis
A partir de quel âge est-on parent?
Est-ce qu’être parent c’est être adulte?
Pourquoi avoir des enfants?
« Être parent », ça se parle, ça s’élabore, ça se construit, ça évolue… parfois ça rate. Il s’agit donc, pour nous, de proposer un cadre sécurisant en y inscrivant une souplesse, qui traduit notre respect de la singularité de chacun.
Pour terminer l’atelier, un dernier tour de table a été proposé afin qu’elles puissent nommer leur ressenti sur ce qu’il s’est passé pour elle individuellement. Une participante a nommé qu’elle avait apprécié car elle « a appris des choses d’elle-même et cela lui a beaucoup plu, » une autre dira que « cela lui a convenu », et la 3ème a nommé que « l’atelier s’est bien passé pour elle ». Elle s’est également autorisée à verbaliser autour de sa situation personnelle, en ajoutant que cela est difficile en ce moment car son fils est en Accueil Provisoire, en situation de handicap, autisme et TDAH. Elle a également décrit rapidement ce qu’est l’autisme, renvoyant la singularité de chaque enfant. Les autres mères seront très attentives à ses propos.
Le bilan de cette action
Ce cycle de 5 ateliers s’est déroulé sur une période assez courte, afin de garantir une mobilisation des jeunes. Comme il est explicité plus haut, nous avons délibérément laissé les ateliers ouverts à toute venue. Seule une jeune mère assistera à la totalité des ateliers, et sera accompagnée de son conjoint nouvellement arrivé en France lors de l’un d’eux. Les autres jeunes seront présentes sur un ou plusieurs ateliers.
Le dernier atelier s’est déroulé dans la cuisine de la Maison Pour Tous de Kervénanec autour de la préparation d’un repas ensuite partagé. Un moment favorisant les échanges de manière plus spontanée, autour du plaisir de faire la cuisine, de partage de recettes et de petites astuces transmises dans les familles… Celui-ci s’est déroulé dans une ambiance conviviale et de bonne humeur. Les jeunes ont exprimé beaucoup de satisfaction de ces ateliers, sur l’intérêt de la rencontre et du partage entre eux, de la découverte de nouveaux lieux permettant de rompre l’isolement dans leurs nouvelles fonctions parentales.
Nous avons à chaque fois beaucoup apprécié la spontanéité, l’authenticité et la richesse, des échanges et la solidarité qui s’installe vite entre elles.
Petit échos du côté du cinéma
« L’Attachement » de Carine Tardieu (2024)
Une femme, seule, indépendante et sans enfant, est voisine d’un jeune couple, dont la femme est sur le point d’accoucher. A la demande du couple, elle en vient à garder l’aîné durant l’accouchement de sa mère. Celle-ci n’en reviendra pas. Se joue alors entre cette femme solitaire et l’enfant, tout d’abord une réticence allant vers une tentative d’approche. Ce qui va générer au fil du temps un réel attachement réciproque et devenir un révélateur, pour cette femme, d’une capacité à tenir une fonction parentale et, ainsi, à soutenir le père et ses enfants dans leur désarroi.
« L’intérêt d’Adam » de Laura Wandel (2025)
Nous suivons, tel un documentaire une infirmière en chef de l’unité pédiatrique, en pleine action, dans un rythme effréné, allant d’un petit patient à un autre avec un grand professionnalisme et une grande rigueur. L’arrivée d’une mère et de son enfant, âgé de 4 ans, suite à une décision de justice, va bouleverser cette rigueur. L’enfant souffrant de malnutrition, le film nous plonge dans ce désir fort du côté de la professionnelle de venir en aide à cette mère, qui met en danger son enfant, mais qu’elle comprend. Ce qui va la pousser à sortir du cadre qui est le sien.
Cécile HERRMANN-LEHUEDE
Pascale MARCADE
Sophie TALIGOT
Pour aller plus loin :
Etre parent, faire famille ou l’histoire d’une rencontre. Ou pas…, Pascale Marcade, mars 2023.
Comment ouvrir au lien ? un projet PAEJ-Mission Locale, Elodie Kerambrun, avril 2023.


























