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Cela fait maintenant plus d’un mois que le port du masque n’est plus obligatoire dans les établissements scolaires, les commerces, les salles de sport, les cinémas, restaurants etc… Cependant, force est de constater que beaucoup d’adolescents continuent de porter le masque et notamment dans leur établissement scolaire.

Certains le portent scrupuleusement, en cours comme dans la cour, selon les directives énoncées; d’autres en jouent, laissant apparaitre leur nez “pour mieux respirer” disent-ils, tandis que d’autres encore paraissent s’en servir pour cacher ce qui les complexe: des joues rebondies, reste de l’enfance, ou un menton jugé disgracieux ou quelques boutons que la puberté a fait naître…

Cet accessoire rendu indispensable par la crise sanitaire, fait aujourd’hui partie de la panoplie de l’adolescent, non plus pour se protéger du Covid et autres virus, mais pour se camoufler du regard de l’autre.


Le masque, support d’identité à l’adolescence et/ou un enjeu de socialisation ?

Lors d’une permanence au sein d’un collège, je m’étonne du fait que ces adolescents qui viennent me rencontrer aient toujours leur masque et je les questionne sur ce choix.


Sarah, jeune fille discrète et timide dit :

“moi je préfère le garder… je me sens nue quand je l’ai pas… et puis on s’est habitué depuis deux ans. Je me verrai pas sans”.


Antoine quant à lui affirme :

“être le seul du groupe à le garder parce que c’est pas facile de se réhabituer à vivre sans masque, il a fallu s’habituer à le mettre et maintenant faudrait l’enlever ?”


Pour Leïla,

“c’est pratique, ça cache mon appareil dentaire et comme ça on est tous pareils”.


On en arrive ainsi à se demander si l’effacement de l’individualité n’est pas renforcé par le masque ?

Cet objet, en papier, en tissu, coloré ou non sert de défense psychique à l’adolescent, il est comme un rempart au regard de l’autre, une protection pour le jeune.

Se montrer à visage découvert c’est être vulnérable, c’est s’exposer, être en proie aux potentielles moqueries. Le port du masque est venu renforcer le rapport au corps, rapport souvent complexe à l’adolescence. En effet, le corps représente un réel problème pour l’adolescent et en masquer le visage, endroit où s’expriment principalement affects et émotions, permet de se dissimuler (rougeurs etc…) et peut-être, d’être moins angoissé par les transformations corporelles réelles et imaginaires.

Jordan de son côté, évoque que “le masque permet de garder la part de mystère…” Il explique être attiré par une fille qu’il trouvait “trop belle” et sa déception quand elle a enlevé son masque, dévoilant son visage en entier: “je l’imaginais pas comme ça… en fait elle est moche ». C’est comme si enlever le masque révélait l’autre tout en faisant référence à l’étymologie du mot, à savoir en latin une sorcière, un démon, ou au XIIème siècle, un faux visage destiné à faire peur. Une peur qui n’est pas sans évoquer l’étrangeté que chacun peut ressentir dans l’écart entre la perception imaginaire de son corps et le corps réel.

Certains jeunes, chez qui l’anxiété s’est développée durant cette période épidémique, n’imaginent pas non plus enlever cette protection qu’ils ont mis entre eux et les autres. A l’idée de ne plus mettre de masque, la peur les saisit, ils ont l’impression d’être à la merci de tout virus et d’être exposé à un risque vital à tout instant. Le masque est intégré pour se protéger d’un risque; mais subitement ce risque aurait disparu. Pour ces jeunes-là, pas question de s’affranchir du masque et tel est le prix pour garder des contacts avec leurs pairs.

Cependant, la fin du masque obligatoire a été aussi pour bon nombre de jeunes, ne l’oublions pas, une libération et pour ceux pour qui le masque reste une enveloppe, un objet indispensable « il faut du temps pour s’habituer nous disent ces jeunes! »

Estelle Fégar

Thérapeute familiale, Point Accueil Ecoute Jeunes Cap Jeunes