La relation aux autres et l’amour, en particulier, demeurent toujours très présents dans l’espace confidentiel de l’entretien. Aujourd’hui, malgré la crise sanitaire et les distanciations sociales, l’amour persiste au travers des propos du public reçu, mais semble néanmoins mis à mal, par la distanciation physique réelle et par le port du masque.

Une mise à mal du lien social

Telle une réelle mise à mal du lien social, avec cette difficulté d’aller vers, pas forcément par peur du virus mais davantage parce que le masque bloque. Même si dans les rues on a pu être témoin de choses inédites comme le fait de voir des adolescents se faire la bise ou de voir des jeunes gens s’embrasser sur la bouche tout en ayant le masque.

Telle cette jeune fille, âgée de 15 ans, qui s’est trouvée comme tous les élèves à la rentrée à devoir porter un masque. Son enthousiasme à aller au lycée, faire de nouvelles rencontres et se sentir plus libre est vite retombé face au comportement de chacun quelque peu replié sur soi face à la pandémie et face aux protocoles sanitaires encombrants. Dans ce souhait fort de se faire de nouveaux amis, ayant vécu des relations complexes au collège, elle s’est vite rendu compte que cela allait être compliqué, ayant ce sentiment qu’on ne la regardait pas, qu’on ne la « calculait pas ». D’où son expression, « le masque nous efface », qui nous sert de titre. Elle a ce sentiment de ne pas exister pour les autres, voire pour un autre, car cela lui renvoie une impossibilité à faire des rencontres et donc encore moins à tomber amoureuse, lui renvoyant également au fil des entretiens ce même sentiment de ne pas exister au sein de sa famille et de ne pas avoir de place.

C’est quoi l’amour ? 

De même, lors d’un groupe de jeunes âgés de 18 à 25 ans, lorsqu’il s’est agi d’aborder le sujet de l’amour, par cette question ouverte « c’est quoi l’amour ? », un jeune homme a tout de suite répondu, « l’amour c’est mort », comme quelque chose qui n’existe plus et qui ne peut plus être vrai, par défaitisme, pessimisme ou par simple crainte d’être déçu, voire de souffrir, renvoyant également la question de la fidélité qui n’existerait plus, chacun ayant plusieurs partenaires en même temps, telle une norme ?

Telle cette jeune femme, âgée de 21 ans qui souhaite un entretien au PAEJ car ne « réussit pas à faire le deuil de son ex », celui-ci pouvant faire des crises de jalousie qui les séparaient mais qui les faisaient ensuite mieux se retrouver pour se séparer de nouveau. Aujourd’hui, ce qui l’inquiète est, certes de ne pouvoir oublier cet ex, mais surtout ce qu’elle est devenue, ayant tendance à « faire souffrir les hommes », et en éprouver du plaisir. Elle mesure que d’avoir trop souffert lui renvoie une puissance toute donnée face à des jeunes hommes amoureux. Dans ce sens, elle ne souhaite plus s’attacher et préfère des relations sans lendemain plutôt que la vie de couple. Finalement, de ce plaisir apparaît au fil de l’entretien une culpabilité d’y avoir été pour quelque chose, d’avoir autorisé son ex à se comporter ainsi vis-à-vis d’elle, questionnant ainsi sa confiance en elle et ses nombreux doutes.

Le masque un tue l’amour ?

Sans voir le masque comme « un tue l’amour », il n’empêche que ce qui nous efface à l’autre ne nous aide pas à créer du lien et en tous les cas à le maintenir dans le réel (cf. relation amoureuse virtuelle).

L’amour indicible et singulier, porté et nommé à plusieurs voix lors des entretiens ou des groupes d’échange, nous renvoie à ces questions, est-ce une peur de l’inconnu, de l’imprévisible, de l’absence de contrôle et de sens, tels des freins à l’amour, mais également à l’amour qui enveloppe, qui submerge et qui fait souffrir tout autant ?

Pour illustrer ces propos voici la référence du film « Cold War » de Pawel Pawlikowski (2018), au-delà de l’esthétique du film en noir et blanc, de la musique envoûtante (cf la chorale au début du film), une magnifique et impossible histoire d’amour se profile dans un contexte de guerre froide où se vivent les pires contraintes et frustrations, de par leurs aberrations, de par l’absence de liberté, et également, de par les dénonciations en tout genre, qui génèrent l’enfermement.

Pour conclure, il est opportun de reprendre l’expression d’Arthur Rimbaud, « réinventons l’amour », dans ce contexte actuel qui fausse tous nos repères.

Pascale Marcadé, psychologue clinicienne, Point Accueil Écoute Jeunes du Pays de Lorient