Le Point Accueil Ecoute Jeunes du Pays de Lorient participe au dispositif « garantie jeunes » soutenu par la Mission Locale de Lorient et qui consiste à accompagner sur 12 mois des jeunes âgés de 16 à 25 ans dans leur recherche d’emploi, de formation, la construction de leur projet ou l’accès à une autonomie. Cet accompagnement qui ouvre un droit à une allocation mensuelle commence par un accueil en collectif pendant 5 semaines. C’est au cours de cette période que les professionnelles du PAEJ du Pays de Lorient proposent pour chaque promotion un temps de présentation du service suivi d’échanges et de débats autour de différents thèmes.

En juin 2020, les groupes proposés ont pu reprendre après une période d’arrêt liée au confinement.

Habituellement centré autour de thèmes identifiés par les professionnels ou les jeunes (la jeune parentalité, les discriminations, etc.), ces groupes « de reprise » ont eu pour unique thème suggéré : « Le vécu du confinement et ses conséquences sur le quotidien ».

Lors de l’une de ces interventions, 5 jeunes étaient présents, dans le respect des protocoles sanitaires mis en place par le PAEJ et la Mission Locale de Lorient qui nous accueillait.

Dans un premier temps, nous avons présenté le service au groupe. Les jeunes n’ont pas posé de questions concernant le PAEJ, et ils savaient ce qu’était un psychologue. L’un d’eux avait d’ailleurs déjà rencontré l’une des deux professionnelles sur une antenne du service lorsqu’il était au collège.

Dans un second temps, nous leur avons proposé d’échanger autour du confinement, la manière dont chacun l’avait vécu.

  • Le premier jeune à parler a mis en avant que cette période a été complexe pour lui car il a perdu son logement et a dû vivre dans la rue, devant se débrouiller seul, ne pouvant solliciter les structures, fermées elles aussi à cause du confinement. Sa situation s’est ensuite améliorée car il a pu intégrer la garantie jeunes qui représentait pour lui une forme de confort par l’allocation versée tous les mois pendant un an. Il a évoqué sa consommation excessive d’alcool « pour oublier » et liée à cette période. Mais il a arrêté de lui-même, se rendant compte que ce n’était pas la solution. Son projet a été ensuite la recherche d’emploi pour devenir soigneur pour animaux. Le jour du groupe, il était le seul à avoir un masque en tissu qu’il s’était fait « à sa façon » et « chez un pote », « avec sa grand-mère à côté qui disait comment ça marchait, le pic qui monte et qui descend ». Après une période d’errance, il a pu trouver un petit point d’accroche grâce à cet ami.
  • Ensuite, une participante a nommé que cela s’est relativement bien passé pour elle. Elle est seule avec sa fille en bas âge (un an et demi) qui s’est tout de même questionnée sur l’absence de sortie au parc. Les jeux pour enfants n’étaient en effet pas accessibles. Cette jeune mère s’est présentée comme ayant le projet de faire une formation pour devenir auxiliaire puéricultrice.
  • Pour un autre jeune, cela n’a rien changé. Il s’est dit « semi confinement permanent », car il a continué de vivre comme avant, voyant ses amis régulièrement mais sortant peu. Il a porté un masque pour la première fois en venant à la garantie jeunes. Sinon, il est habituellement en confinement choisi. Lors du groupe il a nommé le fait que le lycée ne lui convenait plus, qu’il a dû envisager autre chose et ne savait pas vraiment ce qu’il allait faire plus tard, entre le domaine du bois et « demander un stage au chantier d’en face ». Il hésitait entre deux voies et prévoyait une formation avant d’aller vers le monde du travail.
  • Une autre participante nous dit que le confinement s’était bien passé également, que cela n’avait pas vraiment changé ses habitudes. Elle est restée facilement chez elle et sortait avec ses chiens tous les jours. Véhiculée, elle a pu circuler. Elle trouve qu’« ils en font trop avec le coronavirus ». Pour le bus, elle comprend qu’on soit masqué parce qu’ « on est collés ». Mais elle a déjà oublié son attestation quand elle promenait son chien. Certains protocoles lui semblaient moins nécessaires que d’autres. Elle a nommé lors du groupe son envie de trouver du travail en tant qu’aide à domicile. Circuler « librement » l’intéresse mais professionnellement aussi.
  • Le dernier participant dira que cela a été, qu’il n’a rien d’autre à dire et qu’il cherche un emploi avec la garantie jeunes et une formation dans le secteur de la plomberie.

Au niveau du confinement et du déconfinement, le port du masque représentait un confort pour certain et un inconfort pour d‘autres, car ils devaient le porter lorsqu’ils étaient en collectif.

Les interventions aléatoires de la Police et les contraventions injustes lors de promenades sans attestation ont été mal vécues, « certains policiers en ont profité ». Certains ont fait le lien avec le mouvement social lié aux violences policières.

Certains ont remarqué des tensions entre les gens, dans la rue : des gens faisaient la morale, des réflexions. Nous nous sommes interrogés ensemble sur ce climat et avons tenté de recréer un lien après ces nombreux exemples de solitudes, de coupures engendrées par le confinement : les gens ne réagissent-ils pas comme ça parce qu’ils ont peur ? « Bah oui, pour se pouiller dans les magasins, c’est la peur qui leur fait faire ça. »

A la question « Comment voyez-vous l’avenir ? », ils ont répondu : « On ne se projette pas parce que sinon on peut imaginer beaucoup de choses (qui pourraient arriver). On vit au jour le jour »

Nous avons conclu l’intervention en leur rappelant cette possibilité de nous solliciter.

Cécile HERRMANN-LEHUEDE, Pascale MARCADE, Psychologues cliniciennes,
PAEJ du Pays de Lorient