Zoom sur une action collective menée par les professionnelles du Point Accueil Ecoute Jeunes Oxyjeunes auprès de jeunes en parcours d’insertion dans le cadre d’une PEP’S mise en œuvre par un partenaire associatif du territoire, l’association Don Bosco.

"Prendre la parole", acte jugé banal et pourtant !

En effet, la prise de parole revêt une tout autre dimension quand elle prend la fonction de témoignage.

C’est ainsi que nous intervenons depuis quelques années avec mon collègue David COCHEN, éducateur spécialisé auprès de jeunes inscrits dans le cadre d’une formation d’insertion professionnelle sur le Pays du Centre Ouest Bretagne (COB).

Il est question dans ces rencontres, de prendre le temps de la parole avec des jeunes dont les parcours sont émaillés de divers déplacements, de gré ou de force ; et qui peuvent dans certains cas les mener à des temps d’errance sociales et professionnelles.

Témoigner de sa place, qu’est-ce que cela veut dire ?

Selon Jean-Philippe Pieron, enseignant en philosophie « le témoignage, en même temps qu’il est un récit (raconter des choses vues ou entendues…), est un acte de répercussion intérieure (l’engagement du soi dans la parole donnée) ».

En effet, l’adresse à un tiers extérieur permet à la fois pour le jeune de témoigner d’un parcours, mais aussi de confronter ces paroles avec les autres membres du groupe, d’en faire un récit vivant et constitutif d’un « soi ».

La temporalité inscrite sur la formation est essentielle : elle place le témoignage du jeune qui prend la parole, dans une réflexion toute particulière.

Nous lions cette réflexion aux travaux de Paul Ricœur, qui développe notamment la notion d’« attestation », comme ce qui définit pour le témoin comment s’orienter dans l’action. (cf. L’herméneutique du soi que développe Paul Ricoeur dans Soi-même comme un autre, Seuil, Paris, 1990).

Il est frappant de constater lors de nos passages, l’adhésion spontanée à cette offre de parole. Si elle nous permet d’aborder des thèmes divers (la différence, les inégalités, la relation affective, les errances…), elle atteste d’un temps dans le parcours de formation, d’une réflexion en cours, et qui se poursuit au fil des séances.

« On vous attend », « on sera là quand vous reviendrez », « on marque la prochaine date dans le calendrier », paroles énoncées par les jeunes à la fin des séances, marquent ici l’importance d’une adresse, d’une prise de rendez-vous et d’une attente.

Pour certains, la prise de parole en groupe ne sera pas possible, et c’est parfois une sollicitation d’un entretien individuel qui est alors adressé à l’éducateur ou à la psychologue.

Aucune parole n’est obligatoire, ni donnée d’avance, de même qu’elle est toujours singulière. C’est ici faire le pari des effets d’une parole pour un sujet, constitutive à la fois d’un « soi » et d’« un parmi les autres ».

Parler en son nom parmi d’autres, c’est en effet se situer dans un espace, un présent et parfois dans un avenir….

Vandine TAILLANDIER, psychologue clinicienne,
Point Accueil Ecoute Jeunes Oxyjeunes