Dans de nombreux cas, les difficultés que peuvent rencontrer certains jeunes sont liées à leur parcours scolaire et constituent un motif régulier de prise de rendez-vous au PAEJ. En effet, dans notre société moderne, les exigences de la scolarité se superposent aux enjeux du temps adolescent et peuvent être, en cela, source de conflits et révéler des difficultés qui font question. Celles-ci peuvent conduire à des situations de refus anxieux face à l’injonction scolaire. Souvent incompréhensibles pour les parents, le jeune lui-même et laissant la sphère enseignante en désarroi, ces situations se sont malheureusement intensifiées depuis la fin du confinement.


Le confinement

Pour certains, ce dernier a été source d’apaisement, pour d’autres un arrêt brutal où le retour au foyer a été propice à la remise en jeu des conflits intra-familiaux. Pour d’autres encore, les complications se sont révélées dans un après-coup. Il n’y a donc pas un mais des vécus qui évoluent au fil du temps. En tout cas, nous pouvons dire qu’il a été question durant cette période, de la perte d’un rythme, d’une alternance. Un bouleversement au plus profond des jeunes, de leurs habitudes, de leur rapport à l’environnement social et scolaire, à leurs envies, leurs idéaux.


L’appel à retourner en classe

Qu’en est-il lorsque l’appel de l’Ecole fait son retour ? Pour beaucoup, il est une demande, une sollicitation à retourner auprès des vicissitudes et de l’agitation formidable mais effrayante de la scène sociale et scolaire. Quelle tournure a pris cette demande ?

Théa 17 ans

Pour cette jeune lycéenne, le retour dans son établissement après le premier confinement a été difficilement vécu : « Quand j’étais chez moi, je pouvais travailler à mon rythme sans pression. Revenir au lycée c’était horrible », « Les gens sont irritants ». « L’école ne m’intéresse pas » affirme-t-elle, bien que Théa accorde de l’importance aux notes et à la réussite après le bac. Cette rupture avec le milieu scolaire a renforcé ce qu’elle était déjà auparavant : « rêveuse et distraite » dira-t-elle.

Léo 16 ans

Léo affirme, lui, que l’école l’a toujours « un peu stressé » à cause de la pression des cours, des notes, mais « on n’avait pas le choix que d’y être ». A présent, il vient au PAEJ à cause de fortes crises d’angoisse qui ont commencé en septembre 2020. Elles ont lieu en classe ou à l’approche des cours, ce qui l’épuise et l’empêche de pouvoir suivre les cours correctement. Selon lui, le premier confinement « l’a habitué à ne plus du tout stresser » ; malheureusement, la reprise à temps plein en cours n’était plus du tout « adaptée » à lui.


L’anxiété : une des conséquences du retour à l’école.

Pour Théa et Léo, et peut-être tant d’autres, ce retrait du tissu social, bien qu’éphémère, a tout de même eu le temps d’exacerber une anxiété qui existait en toile de fond ; celle-ci était tempérée jusqu’à présent par l’obligation présentielle, certes oppressante mais au fond, constituante. Constituante puisque, dans sa fonction limitante, elle préserve le sujet de l’oisiveté et du choix malheureux de se livrer à une passivité combien plaisante mais mortifiante à terme.

Ainsi, il est probable que ce confinement à huis clos loin d’une salle de classe et des attentes de l’extérieur leur ait signifié à quel point il était plus facile de vivre en suivant son propre rythme à soi sans avoir à s’adapter aux contraintes extérieures. Le retour au lycée, a contrario, a été perçu comme un rappel des règles contraignantes et à considérer de nouveau la demande extérieure qui avait été mise sur pause, en partie oubliée tant que la situation sanitaire le permettait. L’appel de l’Ecole a pris une tournure envahissante : jusqu’à présent « ça allait » car il n’y avait « pas le choix », ou pourrions-nous dire, car il y avait les règles, notamment l’obligation présentielle.


Pourquoi l’école en particulier ?

L’école est un des premiers lieux d’application des règles et donc une mise en pratique d’une séparation entre soi et l’extérieur que le jeune construit avec l’aide de son entourage dès son plus jeune âge. L’instauration de cette séparation détermine les rapports qu’il va entretenir avec son environnement, mais aussi la manière dont il va gérer, recevoir, accepter ce qui est attendu de lui tout au long de sa vie. Il s’agit des relations aux autres et aux différents symboles d’autorité, certes, mais aussi des rapports que le jeune entretient avec ses engagements dans la vie (école, cercles d’amis, activités diverses, monde professionnel, etc.). Ainsi, lorsqu’une telle rupture advient, comme le confinement, c’est aussi ce principe de séparation qui est re-vécu, mis en jeu de nouveau lorsque le retour aux obligations scolaires s’impose. Cela peut expliquer, en partie, pour certains ces effets d’anxiété voire de phobie scolaire.


Peut-on s’en sortir ?

Ces situations de refus anxieux face à la demande de l’Autre scolaire peuvent néanmoins trouver une issue. Comment Théa et Léo vont-ils se saisir de leur désir pour affronter ce qui les empêche d’avancer, les fait souffrir, et ce qui, en même temps, les rattache à la facilité périlleuse pourtant si confortable du repli sur soi ? L’anxiété les questionne et les fait souffrir, mais ils viennent en dire quelque chose au PAEJ en réfléchissant et œuvrant dans le but de déplacer la répétition symptomatique. Léo s’accroche à son lycée qu’il aime bien malgré tout « c’est un endroit chaleureux et familial », à ses enseignants et amis qu’il ne voit qu’en semaine : « Je ne veux pas me couper de tout, encore moins de mes amis » dira-t-il. Théa, elle, ne souhaite pas « s’effacer derrière son téléphone en oubliant ce qu’(elle) aime. » comme le dessin et l’histoire de l’art. Elle y trouve de l’apaisement et souhaiterait approfondir cette voie lorsqu’elle aura passé son bac.


Julie Attaja, psychologue clinicienne PAEJ Oxyjeunes