Le mardi 31 mai dernier le lycée du Gros Chêne à Pontivy organisait une « journée santé » avec plusieurs acteurs du territoire. Le PAEJ du Pays de Pontivy y intervenait pour quatre ateliers autour du consentement auprès de lycéens de 2nde et de 1ère. Elisa Penduff, étudiante en Master 2 intervention et développement social, stagiaire pour la deuxième année à Sesam et Delphine Gicquel, psychologue clinicienne ont proposé de discuter à partir d’un support de photo-langage. L’objectif était que les élèves puissent échanger sur leurs représentations autour du thème du consentement.

L’originalité du dispositif était la mise à disposition de feuilles blanches pour celle ou celui qui voudrait plutôt dessiner ou écrire. Une jeune fille s’en saisira en crayonnant une colombe symbole d’apaisement pour elle et solution certainement pour ne pas en dire davantage ; un jeune homme écrit lui quelques lignes avec une illustration : il barre le mot « propos » dans la formule « la violence des propos » pour le remplacer par « violence des actes ». En lui demandant de préciser, il dit très justement que les mots peuvent aussi être un forçage.

C’est quoi le consentement ?

Le consentement est souvent abordé en matière amoureuse ou sexuelle or il concerne aussi le harcèlement, les abus… qui d’ailleurs peuvent ne pas être vécus comme tels sur le moment mais seulement dans l’après-coup. Les lycéens nous expliquent qu’avec les réseaux sociaux, Tik Tok notamment, « il y a des vidéos ou les gens ont été filmé et ils ne savent même pas qu’ils sont dessus ».

Céder concerne aussi la vie professionnelle ou la vie en société. Quand le sujet cède, il ne sait plus, il est objet d’un forçage ; parfois il a pu dire oui puis il dit non à ce qui s’est produit ; le sujet se pose la question « aurait-il consenti sans le savoir à ce qui lui est arrivé ? n’aurait-il pas pu dire non plus clairement ? Un jeune homme souligne le forçage avec le signifiant « heurter » qui montre le caractère brutal et intrusif que cela peut produire : « il ne faut pas heurter enfin… pas aller trop loin ». « Et dans un couple, est-ce que cela existe ? » s’interroge alors une élève. Il y a une possibilité de se méprendre, car il est toujours possible de dire oui à une aventure et de se retrouver prisonnier d’une autre histoire que l’on n’a pas choisie. Une élève le dit très justement « un oui n’est pas une décision figée, c’est important de parler car il peut se transformer ».

Un sentiment de honte

Lors des échanges, le rapport à l’autre et au corps a été abordé avec retenue. Plusieurs lycéens soulignent qu’il est difficile d’en parler même entre amis ou dans la famille. Pourquoi ne pas s’adresser à des professionnels ? « Il faut échanger, c’est important, moi j’aurai trop honte de savoir que je suis allé trop loin avec quelqu’un ». A ces propos, un jeune homme, surpris, mesure le « risque », la responsabilité en s’engageant avec une jeune fille dans une relation intime. La peur du rejet d’un groupe d’amis peut parfois s’immiscer dans l’insistance d’une proposition, pour se faire une place dans un groupe peut-être…

C’est la solitude des personnes ayant subi un viol qui revient dans chaque groupe. La peur de parler ou plutôt la peur de ne pas être entendu. Car c’est la honte souvent qui recouvre l’impossibilité d’en parler. « Et lorsqu’on est écouté finalement on reste seule avec son mal être » indique une jeune fille.

En effet la culpabilité de ne pas pouvoir dire non – « qu’est- ce qu’il va penser de moi ? » – peut surgir. Un élève répond « c’est ton corps tu fais ce que tu veux ». « Ce n’est pas toujours facile de dire non, on a peur de blesser ou de gêner l’autre » ; « mais du coup ce n’est pas normal de devoir de se forcer à quelque chose pour l’autre !»

Cette conversation situe la position du sujet à consentir, se forcer soi-même à faire ce qu’on ne désire pas. Il y a alors à faire la distinction entre ce qui relève du consentement, de son ambiguïté et de ce qui relève de la rencontre avec le forçage.

Quand la justice s’en mêle…

Le statut de la parole d’un sujet ayant fait une mauvaise rencontre est parfois à entendre dans le champ juridique. Quand il n’y a pas de preuve, comment peut-on prouver qu’il n’y a pas eu consentement ? interrogent quelques élèves. L’un d’entre eux répond que la peine et l’argent ne seront jamais à la hauteur de la souffrance ; il y aura toujours un écart entre la réalité judiciaire et la réalité subjective.

Le poids de la parole, l’accueil de la souffrance est en effet à prendre en compte dans la temporalité subjective de chacun, qui est rarement la temporalité judiciaire, car porter plainte dans l’immédiateté ne correspond pas forcément à l’événement qui peut faire effraction et faire taire le sujet…parfois pour longtemps. Nombreux témoignages dans les livres viennent le dire.

L’actualité du procès entre Johnny Depp et son ex-femme Amber Heard vient dans la discussion. Il y a une limite de la mise en communauté du traumatisme car il ne relève pas du singulier ; c’est une expérience unique, qui ne peut pas avoir d’explication commune ; c’est probablement ce qui s’est joué là dans cette affaire, publique.

Pour ponctuer

Les lycéens ont pris la parole de manière active. Alors que le signifiant consentement était défini en début de séance comme « un accord entre deux personnes », dans chaque groupe, au fil de la discussion, ce mot a pris une définition moins fixe : les jeunes ont abordé par eux-mêmes des thématiques transversales au sujet qui viennent finalement montrer toute la complexité du consentement, au-delà d’un oui ou d’un non.

Pour aller plus loin

Céder n’est pas consentir, ouvrage de Clotilde Leguil, philosophe et psychanalyste. Hors collection, paru le 03/03/2021 aux PUF.
A écouter sur https://www.youtube.com/watch?v=ITmQ2Xyx0cw

Delphine Gicquel

psychologue clinicienne, PAEJ du Pays de Pontivy

Elisa Penduff

stagiaire Master 2 intervention et développement social, PAEJ du Pays de Pontivy